Un camp scout zéro déchet, pourquoi ?

Il est des fois où l’on prend des décisions à l’improviste, et l’on se dit que les conséquences n’en sont pas significatives, que la suite n’a pas beaucoup d’importance. Certes. Et l’effet papillon, dans tout ça ? Je prends un café à emporter. Une glace. J’achète un stylo bille. Le café est contenu dans un gobelet en plastique, la glace dans une coupe en carton plastifié, le stylo sous blister. Je ne suis pas seul.e. Ces gestes sont multipliés des millions de fois, chaque jour, par des millions de personnes. Par des millions de scout.e.s également.

La meute des Batignolles a fait le choix cette année de partir en camp pendant deux semaines avec un objectif ambitieux : ne produire aucun déchet (ou presque…). Il existe mille et une raisons de généraliser cette expérience pour qu’elle devienne ordinaire ! En voilà un panel restreint, qui va vous convaincre de lire ensuite notre second article, “Un camp zéro déchet, comment ?”.

Mettre à l’honneur l’écologie, valeur du scoutisme

Le projet éducatif des EEUdF mentionne la volonté de construire une “société soucieuse de son environnement” et cela passe notamment par le rapprochement des enfants avec la nature lors des week-end et des camps, ainsi que par l’éducation au respect de la nature de manière générale. Cependant, on peut aisément constater des différences entre cet objectif affiché et certaines pratiques de tous les jours. Quand on prépare un goûter pour les louveteaux et louvettes, est-il vraiment nécessaire d’acheter des brioches emballées individuellement, elles-mêmes rassemblées dans un sac plastique plus grand, emballages qui partiront tous à l’incinérateur ou en décharge ?

En tant que responsables, nous avons un rôle d’éducation vis-à-vis des enfants. Dans notre projet éducatif, on parle de simplicité volontaire : déduire ses déchets, trouver des alternatives au tout-emballé, en alimentaire ou en hygiène, cela nous permet de nous rapprocher de la démarche de simplicité volontaire qui imprègne le mouvement. Adopter une démarche zéro déchet sur un camp, c’est quitter des automatismes de consommation qui nous empêchent de réfléchir à notre impact sur l’environnement, c’est s’affranchir  des dépendances marketing auxquelles nous sommes habitué.e.s. Cela vaut en particulier pour les enfants, qui sont des cibles de choix pour les publicitaires, qui reconnaissent (et sont attirés par) les aliments et les produits grâce à leur marque et leur emballage. En achetant des produits plus simples, peu transformés, sans emballage pensé pour nous inciter à consommer, on se rapproche bien de cet idéal de simplicité !

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Une activité simple et sans déchet : le Land Art

Le poids de nos déchets

Réduire nos déchets est également un calcul écologique et rationnel. Sur les 354 kg de déchets qu’un Français produit en moyenne par an, 30% sont incinérés, 36% se décomposent en décharges en émettant des gaz et du lixiviat (“jus” de décharge) toxiques, 20% sont recyclés et 14% sont compostés ou employés pour la production de méthane (d’énergie). Les deux tiers de nos déchets sont donc une source de pollution, inutilisable, encombrante, et toxique.

Sur un camp scout, la majorité des déchets provient de la cuisine. Que ce soit la brique de lait, la conserve de raviolis, les bonbons du 5e, ou les biscuits du goûter, tout est emballé. On trouve aussi des déchets lors des activités (feuilles de papiers), aux douches (flacons plastiques de gels douches et shampoings) ou à l’infirmerie, avec les pansements.

Or pour la plupart, ces déchets ne sont pas nécessaires au bon déroulement du camp. Ces déchets, majoritairement d’emballages, sont en fait des ressources naturelles – bois, métal, pétrole – et de l’énergie qui ont été employées pour… faire vendre dans les supermarchés. De plus, ils ne représentent que la face cachée de l’iceberg : pour fabriquer n’importe quel objet, on produit également nombre de déchets avant qu’il n’arrive au consommateur final. Une brosse à dent est très légère, quelques grammes seulement, mais sa production nécessite 1.5 kg de matières premières (source), et il en est de même pour de nombreux produits, quel que soit leur nature (textile, objets électroniques…). Et une fois utilisé, cet emballage doit être collecté, trié, incinéré, enfoui sous terre, déposé en décharge, ou recyclé.

Dans tous les cas il sera encore nécessaire de dépenser de l’énergie pour gérer ce qui d’abord était attrayant, coloré, faisait vendre, et qui maintenant repousse, suinte, colle. Et non ! Vous avez bien lu, le recyclage non plus n’est pas une solution idéale, puisque qu’on ne peut pas réutiliser tous les matériaux à l’infini, et que cela nécessite d’amples ressources (temps, eau, énergie) pour traiter correctement les déchets et les réutiliser. Les plastiques recyclables ne peuvent l’être qu’une fois, le papier de 7 à 12 fois par exemple.

Le meilleur déchet est donc celui qui n’est pas produit !

Les avantages santé/bien être

Il existe une grande conspiration au niveau mondial qui veut que l’impact des humains sur la nature, toute la pollution et les déchets que nous produisons, va ultimement se répercuter sur nous. Cher lecteur, lectrice, je suis au regret de t’annoncer qu’il ne s’agit pas vraiment d’une conspiration, mais d’un simple constat sur le fonctionnement de notre planète. Tout ce que l’on jette dans nos poubelles continue d’exister et d’avoir un impact après avoir quitté nos domiciles (et a un impact au moment de sa production !). Le traitement des déchets en soi est une source de pollution qui impacte notre environnement et les êtres vivants qui y résident (dont nous, les humains !).

Adopter une démarche zéro déchet permet donc de limiter cet impact que nous avons, et de se garantir de meilleures conditions de vie sur le long terme. Mais plus encore, cela pousse à chercher des alternatives de consommation. Pour éviter les emballages, le plus simple est d’acheter en vrac, que ce soit dans des magasins spécialisés ou au marché. Or cela fait souvent consommer plus local et plus simple (dans le sens où l’on trouve moins de produits transformés). On gagne le contrôle sur ce que l’on mange et ce que l’on consomme puisqu’on a tendance à préparer plus de choses soi-même. Le zéro déchet, c’est une meilleure alimentation, une meilleure connaissance des produits mais aussi moins de gaspillage, puisque l’on choisit les quantités de produit nécessaires, loin des formules marketing qui forcent à acheter trop.

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Un lieu idyllique pour un camp scout de rêve – Source

 

Le zéro déchet, on peut y arriver (tous droits réservés sur ce slogan)

Mais au-delà des chiffres, des démonstrations rationnelles, de la culpabilité que certains constats peuvent occasionner, les solutions existent. C’est là la raison principale pour laquelle nous organisons cet été un camp zéro déchet : montrer que vivre pendant deux semaines avec 30 enfants et 7 responsables, c’est possible. C’est possible, et c’est simple. Lisez notre second article sur « Un camp zéro déchet, comment ? » pour suivre notre aventure !

Clémence Galot

 

Un PS important : nous, responsables des Batignolles, avons choisi de nous engager dans cette démarche, mais chaque responsable, chaque parent, chaque personne n’en a pas forcément le temps ou l’entière possibilité. C’est pourquoi il est important de promouvoir la réduction des déchets au niveau politique / économique : les entreprises qui produisent de futurs déchets doivent être tenues responsables de leur traitement, et la loi doit fixer un cadre dans lequel la production de déchets par les industriels est découragée, afin que les consommateurs ne se retrouvent pas avec la responsabilité de s’occuper des déchets (tri, impôts) imaginés et produits par d’autres.

 

Un autre PS important : la démarche zéro déchet ne signifie pas que 0g de déchets partiront à la poubelle pendant notre camp. Il s’agit d’un objectif, de « tendre vers » en fonction de ses capacités, sans compétition et sans jugement !