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Liberté de conscience et vivre ensemble : notre engagement pour la laïcité

Régulièrement, la laïcité revient au cœur du débat public. Après avoir publié en décembre un numéro de Ti.Ta.Ti, le journal des responsables et cadres des EEUdF sur ce thème, c’est aujourd’hui avec la fédération du Scoutisme Français que nous prenons la parole.

La Fédération du Scoutisme Français affirme son engagement pour la laïcité

Dans un communiqué publié le 22 avril, nous affirmons, aux côtés des Éclaireuses Éclaireurs de France, Éclaireuses Éclaireurs Israélites de France, Éclaireuses et Éclaireurs de la Nature, Scouts et Guides de France et des Scouts Musulmans de France notre attachement et notre engagement pour une France où nous pourrons vivre dans la concorde et être fiers·ères de nos 4 grands piliers : Liberté – Égalité – Fraternité – Laïcité

Lire le communiqué dans son intégralité


Ti.Ta.Ti : Éclaireuses et Éclaireurs unionistes, donc laïques ?

Notre association, à travers son projet éducatif, souhaite former des citoyens et citoyennes, engagés·es au service de la société. Nous souhaitons contribuer à la construction d’un monde plus fraternel, plus soucieux de son environnement et plus démocratique.

Alors oui, nous faisons de la politique au sens d’une participation à la vie de la cité, et à ce titre, nous pouvons et même devons parler de laïcité.

Tout d’abord, il est important de sortir de l’équivoque et de l’ambiguïté : loin des récupérations politiques qui peuvent exister, la laïcité n’est pas contre les religions, n’est pas un principe de restriction mais bien un principe de liberté qui garantit notamment à tous et toutes la possibilité de croire, de ne pas croire, de changer, de ne pas savoir. Elle organise aussi le fonctionnement de l’État et de la puissance publique en séparant les deux sphères.

Quel lien avec le scoutisme et les unionistes en particulier ?

Dans le scoutisme, l’éducation à la spiritualité relève d’enjeux différents de ceux d’un enseignement religieux : les associations de scoutisme sans aucune racine religieuse ont d’ailleurs toutes, elles aussi, un axe éducatif relevant de la vie spirituelle. La spécificité et la force de l’éducation populaire, dont le scoutisme est l’une des expressions, est l’éducation concrète au vivre ensemble par le quotidien partagé, ce qui en fait une approche complémentaire à celle de l’école. L’éducation au vivre ensemble ne peut pas faire l’impasse sur les questions spirituelles, justement parce qu’elles sont au centre des tensions les plus fortes de la société. Dans cette perspective, la laïcité nous fournit un cadre qui garantit à chacun et chacune de pouvoir vivre sa spiritualité.

Cependant, depuis plusieurs années, le principe de laïcité devient un enjeu et un jeu régulier du débat politique et médiatique. Une laïcité qui apparaît comme une solution aux maux dont souffrirait notre société et qu’il faudrait sans cesse réaffirmer en donnant des gages de sa bonne foi laïque. Cette évolution a des conséquences concrètes pour notre association, que ce soit dans l’obligation de répondre à des obligations dans les demandes de financement ou encore la présence d’un volet laïcité et valeurs de la République dans les stages BAFA et BAFD.

Nos textes fondamentaux

Les EEUdF, en tant qu’association d’éducation populaire ouverte à tous et toutes, est engagée sur ce sujet depuis de nombreuses années. Que ce soit dans les affirmations de ses textes fondamentaux ou dans notre projet éducatif qui mentionne : « Le respect de la dignité de chacun, la liberté de conscience et d’expression, sont des valeurs que nous défendons pour promouvoir cette ouverture » dans le Droit des participants aux activités unionistes (DPAU) ou plus récemment dans notre rapport d’orientation adopté en 2020. Ce dernier texte mentionne très explicitement que « l’association des EEUdF éduque à la liberté de conscience, en proposant à chacun et chacune un espace où vivre son propre cheminement spirituel, en se détachant des pressions sociétales. »

Le fait religieux revient au cœur d’un débat et le principe de laïcité est instrumentalisé

Aussi n’avons-nous aucune difficulté à affirmer notre engagement en faveur de la liberté de conscience, à mettre au cœur de notre action l’ouverture à tous et toutes sans distinction, à participer à travers nos activités à faire vivre le principe de laïcité. Cet engagement se traduit notamment dans notre participation à la création de la charte de la laïcité de la branche famille de la CNAF, ou encore dans nos auditions annuelles auprès de l’Observatoire de la laïcité. Pour autant, de nombreux éléments peuvent légitimement nous inquiéter sur une redéfinition du principe de laïcité en lien avec les accueils collectifs de mineurs (ACM) et l’éducation populaire en général. Il en va ainsi de l’organisation du Service national universel (SNU) qui restreint grandement la possibilité des jeunes de vivre et de témoigner de leurs convictions ou encore de la volonté de favoriser la neutralité des activités subventionnées par les collectivités locales.

Éduquer à la liberté de conscience, condition de vie du principe de laïcité

Éducateurs et éducatrices, nous aidons les jeunes à trouver un sens à leur vie, en relation (ou pas) avec une puissance supérieure : c’est le sens de notre projet spirituel. Loin de s’opposer, ces deux ambitions se conjuguent notamment sur la question démocratique et l’éducation à la liberté de conscience.

Apprendre à faire des choix, savoir pourquoi on les fait, évoluer, les confronter aux autres : voilà autant d’objectifs qui se construisent dans notre proposition spirituelle aux Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de France. Nous accompagnons les jeunes dans l’ensemble de leurs dimensions et notamment dans leur cheminement spirituel. Nous considérons en effet que chaque personne, à n’importe quel âge, se pose des questions existentielles. Les éclaireurs et éclaireuses contribuent ainsi à permettre de trouver le sens qu’il ou elle veut donner à sa vie.

Notre proposition spirituelle pose le doute au centre de ce cheminement et nos activités sont autant d’espaces qui permettent le témoignage de nos doutes mais aussi de nos convictions : cette tension est pour nous créatrice. Pour contribuer à cela, nous faisons le choix d’un accompagnement à travers la lecture de la Bible car nous avons la conviction que son message s’adresse à tous et toutes et porte une espérance pour chacun et chacune. En proposant cette éducation et cet accompagnement, nous permettons de se construire et de faire des choix pour soi-même : c’est en ce sens que nous éduquons à la liberté de conscience, à la possibilité de décider de son système de valeur. Un moment spi est ainsi l’occasion de débattre, d’exprimer ses préférences, de trouver ce qui fait sens entre nous. Et ce temps n’est possible que si l’on pose au centre de la démarche le respect des convictions de chacun et chacune et la possibilité de faire évoluer ses propres convictions.

Éduquer à la liberté de conscience, ce n’est pas dire que tout se vaut mais assurer à chacun et chacune le droit de faire le choix de ses propres valeurs et principes qui conduisent et conduiront son existence.

En ce sens, organiser un moment spi, c’est faire vivre le principe de laïcité.


Lire le Ti.Ta.Ti n° 19

Rédacteur du dossier : Alexis Guerit, administrateur
Photo : Patrick Balas